Ancien joueur formé dans plusieurs clubs du sud de la France, entraîneur passionné par la transmission et désormais conseiller technique de ligue, Alastair Franc s’est construit un parcours riche au service du hockey sur glace. Depuis la rentrée, il occupe le poste de conseiller technique pour les ligues Grand Est et Bourgogne–Franche-Comté, avec pour mission d’accompagner les clubs, les entraîneurs et les dirigeants, tout en contribuant au développement structuré du hockey sur l’ensemble du territoire. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, sa prise de fonction, ses premières observations de terrain et partage sa vision pour l’avenir du hockey régional, avec un regard à la fois lucide, engagé et tourné vers le long terme.
Pour commencer, peux-tu te présenter et nous retracer ton parcours dans le hockey sur glace ?
Je m’appelle Alastair Franc, je suis né en Angleterre le 28 septembre 1994 et je suis arrivé en France quand j’avais environ quatre ans. Dès notre arrivée, mes parents nous ont encouragés, mes sœurs et moi, à pratiquer des activités extrascolaires, pour apprendre la langue et rencontrer de nouvelles personnes. C’est lors d’un forum des associations que je suis tombé sur le stand de hockey sur glace. Après quelques minutes à discuter avec l’entraîneur et un premier essai sur la patinoire, le tour était joué. J’ai commencé au club des Crocodiles de Nîmes, puis j’ai évolué avec les Vipers de Montpellier et les Castors d’Avignon, avant d’intégrer le sport-études du club de Strasbourg en 2010. Pendant mes dernières années en hockey mineur, j’ai commencé à aider les entraîneurs lors des entraînements des jeunes. C’est là que j’ai vraiment découvert que j’aimais encadrer, transmettre et accompagner le développement des joueurs et joueuses. Petit à petit, j’ai encadré de plus en plus tout en continuant à jouer en D2. Avec l’objectif de devenir entraîneur, le club m’a soutenu en me permettant de suivre les formations de la Fédération et de passer mes diplômes, le CQP et le DEJEPS. Au fil des années, j’ai eu l’occasion d’intervenir auprès de toutes les catégories du club, ce qui m’a permis de développer mon expérience et ma passion pour l’encadrement des jeunes.
Qu’est-ce qui t’a donné envie d’accepter le poste de conseiller technique de ligue pour la région Grand Est – Bourgogne–Franche-Comté ?
Pour être tout à fait honnête, je songeais depuis quelque temps à quitter le monde du hockey sur glace, pour diverses raisons. J’en avais d’ailleurs échangé avec mon prédécesseur, Yann Vonachen, alors conseiller technique des ligues Grand Est et Bourgogne–Franche-Comté, qui a mis beaucoup d’énergie à me convaincre de rester dans ce milieu. Lorsqu’il a annoncé quitter son poste, j’ai vu dans cette opportunité un moyen de changer de rôle tout en continuant à m’investir au service du hockey. Jusqu’à présent, je n’avais connu que le métier d’entraîneur de club, et le champ d’action d’un conseiller technique de ligue m’est apparu bien plus large et stimulant. Ce poste représente pour moi l’occasion de contribuer au développement du hockey à une échelle plus globale, en travaillant sur des projets structurants, en accompagnant les clubs et les entraîneurs, et en favorisant une cohérence entre les orientations fédérales et les réalités du terrain. Évoluant dans la région depuis de nombreuses années, j’ai une attache particulière pour ces ligues et pour les clubs qui les composent. Le territoire compte des dirigeants investis et des entraîneurs de qualité, et je suis convaincu qu’ensemble, nous pouvons accomplir de belles choses et faire évoluer durablement le hockey dans le Grand Est et en Bourgogne–Franche-Comté.
Comment s’est passée ta prise de fonction et quels ont été tes premiers constats en arrivant dans la région ?
Ma prise de fonction a été particulièrement intense. Le début de saison est une période très chargée pour les ligues et, pour donner un ordre d’idée, une dizaine d’actions étaient prévues entre septembre et novembre. Il a donc fallu se mettre rapidement dans le bain, mais cela a été très enrichissant. Chaque action menée m’a apporté matière à réflexion et m’a permis de mieux comprendre les enjeux du poste et les réalités du terrain. Concernant les premiers constats, ayant entraîné pendant plus de dix ans dans le secteur et ayant eu de nombreux échanges avec Yann ces dernières années, j’avais déjà une bonne connaissance des difficultés rencontrées au sein des ligues. Les enjeux liés au manque de joueurs, aux distances importantes entre les clubs, au déficit de bénévoles ou encore aux besoins en formation étaient déjà identifiés. Ces premiers mois sur le poste, combinés à mon expérience passée, m’ont permis de confirmer ces constats et surtout de commencer à définir les principaux axes de travail et les orientations à suivre. L’objectif est désormais de prioriser les actions, d’accompagner au mieux les clubs et les entraîneurs, et de proposer des solutions adaptées à nos besoins.
Concrètement, en quoi consiste le rôle de conseiller technique de ligue au quotidien ?
Le rôle de conseiller technique de ligue consiste avant tout, comme son nom l’indique, à conseiller et accompagner les acteurs du hockey au quotidien. J’ai de nombreux échanges avec les dirigeants de clubs, les entraîneurs, mais aussi avec les parents. Ces échanges peuvent concerner des points de règlement, des situations rencontrées lors des week-ends de compétition, des regroupements, ou encore des problématiques plus générales liées au fonctionnement des clubs. Une part importante du poste concerne également l’aspect organisationnel. Cela inclut la préparation de ce qu’il se passe sur la glace ou en dehors, la mise en place et le suivi des différentes actions de ligue. Ces actions demandent un travail en amont conséquent, aussi bien sur le plan logistique que pédagogique. Durant ces premiers mois, j’ai pris beaucoup de notes et engagé un travail de réflexion qui m’a conduit à commencer la rédaction d’un projet. L’objectif est de mieux répondre aux attentes des clubs et aux difficultés qu’ils rencontrent. Ce travail servira également de base à l’élaboration du nouveau projet sportif de la ligue. Celui-ci étant lié aux olympiades, il doit en effet être réécrit pour la période 2026–2030. Comme évoqué précédemment, le champ d’action d’un conseiller technique de ligue est très vaste. Certains sujets n’ont pas encore été approfondis à ce stade, mais ils feront partie des priorités à venir, à mesure que le projet se structure.
Comment s’articule ton travail entre les clubs, les entraîneurs, les dirigeants et la ligue ?
Mon travail s’articule autour d’un rôle de lien et de coordination entre les différents acteurs du hockey. J’interviens à l’interface entre les clubs, les entraîneurs, les dirigeants et la ligue, avec l’objectif de favoriser la communication, la cohérence et la compréhension mutuelle. Avec les clubs et les dirigeants, les échanges sont réguliers et portent aussi bien sur des aspects organisationnels, réglementaires que sur le développement des structures. Il s’agit d’accompagner, de conseiller et parfois d’aider à la prise de décision, tout en tenant compte des réalités et des contraintes propres à chaque club. Le travail avec les entraîneurs est centré sur l’accompagnement technique et pédagogique. Cela passe par des échanges individuels, des observations sur le terrain, des regroupements ou des actions de formation, avec pour objectif d’harmoniser les pratiques tout en respectant les spécificités de chacun. Enfin, le lien avec la ligue est essentiel. Il consiste à mettre en œuvre les orientations sportives et stratégiques définies, à faire remonter les besoins du terrain et à assurer une cohérence entre les projets de ligue et la réalité des clubs. Le rôle de conseiller technique est donc avant tout un rôle de facilitateur, au service du développement du hockey à l’échelle du territoire.
Le développement des jeunes est souvent au cœur des missions d’un CTL. Quelle est ta vision sur la formation des jeunes dans la région ?
Le développement des jeunes est effectivement au cœur du rôle de conseiller technique de ligue. Ma vision de la formation des joueurs dans la région repose avant tout sur une approche progressive, cohérente et adaptée aux spécificités de notre territoire. Compte tenu du nombre de licenciés, des distances importantes entre les clubs et des moyens parfois limités, il est essentiel de proposer une formation accessible et de qualité au plus grand nombre. La priorité doit être donnée aux bases : le plaisir de pratiquer, le développement des habiletés techniques et motrices, ainsi que l’apprentissage des fondamentaux du jeu dès le plus jeune âge. Au vu de mon parcours, il est évident que je crois également beaucoup à l’importance du rôle des entraîneurs. Former les joueurs passe avant tout par la formation et l’accompagnement des éducateurs. En harmonisant les pratiques et en proposant des outils adaptés, on permet aux jeunes d’évoluer dans un cadre structuré et cohérent, quel que soit leur club d’appartenance. Les regroupements et actions de ligue doivent venir en complément du travail réalisé en club, et non s’y substituer. Ils permettent d’identifier les potentiels, d’offrir des expériences supplémentaires aux joueurs et de les confronter à d’autres niveaux d’exigence, tout en restant vigilants à leur rythme de développement. Enfin, ma vision de la formation s’inscrit dans une logique de long terme, avec l’objectif de construire des parcours clairs et lisibles, favorisant à la fois la progression sportive, l’épanouissement personnel des jeunes et la fidélisation des licenciés au sein des clubs de la région.
La région Grand Est – Bourgogne–Franche-Comté est vaste et très hétérogène. Quels sont les principaux défis liés à cette diversité ?
La région Grand Est – Bourgogne–Franche-Comté est en effet très vaste et présente une grande diversité de situations, ce qui constitue à la fois une richesse et un défi. L’un des principaux enjeux liés à cette configuration territoriale concerne les distances importantes entre les clubs, qui impliquent des déplacements conséquents pour les licenciés, parfois plus importants que dans d’autres disciplines. Cette contrainte géographique est inéluctable, mais je pense que les évolutions apportées aux championnats ces dernières années vont dans le bon sens et permettent d’y répondre de manière progressive et cohérente, notamment en tenant compte de l’âge des joueurs et des joueuses. Tout n’est évidemment pas parfait et des ajustements restent possibles, mais l’approche globale me semble adaptée aux réalités du territoire. L’hétérogénéité entre les clubs, qu’elle soit sportive, structurelle ou humaine, représente un autre défi majeur. À mon sens, nous parvenons à y faire face grâce à une réelle collaboration entre les clubs. Le territoire compte des dirigeants investis et des entraîneurs de qualité qui savent se serrer les coudes lorsque cela est nécessaire. J’ai pu en faire l’expérience lorsque j’étais entraîneur, notamment à travers le soutien apporté par des clubs plus structurés à ceux qui rencontrent davantage de difficultés. Le rôle de la ligue et du conseiller technique est justement d’accompagner et de renforcer ces dynamiques de coopération, afin de transformer cette diversité en levier de développement plutôt qu’en frein, et de construire des solutions adaptées à l’ensemble des acteurs du territoire.
Comment adapter les projets de développement aux réalités très différentes des clubs, qu’ils soient petits ou plus structurés ?
Adapter les projets de développement aux réalités très différentes des clubs est un enjeu central du travail de ligue. Même si chaque club possède ses spécificités et fait face à des problématiques qui lui sont propres, on constate néanmoins de nombreuses similitudes dans les difficultés rencontrées. Les besoins en formation, le manque de créneaux de glace, la pénurie de bénévoles ou encore la difficulté à fidéliser les licenciés sur le long terme, en raison des contraintes propres à notre sport et de la concurrence d’autres disciplines, sont des enjeux largement partagés. Quel que soit le niveau de structuration d’un club, aucun ne peut aujourd’hui se permettre de se reposer sur ses acquis ou sur son nombre actuel de licenciés. L’enjeu est commun : continuer à attirer de nouveaux pratiquants dans les patinoires et proposer une pratique plus adaptée aux attentes et aux envies de chacun. Dans cette logique, la priorité est d’abord de proposer des outils généraux, applicables par tous les clubs, avant de mettre en place des accompagnements plus individualisés. Cela peut par exemple passer par des supports communs pour l’accueil des nouveaux licenciés, des outils clés en main pour l’organisation de journées portes ouvertes ou d’animations scolaires, ou encore des modèles de communication pour aider les clubs à valoriser leurs actions localement. Sur le plan sportif et de la formation, cela peut également se traduire par la mise en place de contenus pédagogiques partagés, de plans de séances types adaptés aux différentes catégories d’âge, ou de temps d’échanges et de formation à destination des entraîneurs, en présentiel ou à distance. Ces actions permettent d’harmoniser les pratiques tout en laissant une marge d’adaptation à chaque club. Enfin, pour répondre aux problématiques de bénévolat et de structuration, la ligue peut accompagner les clubs via des outils simples de répartition des tâches, des fiches de postes bénévoles, ou des temps de partage d’expériences entre clubs. À partir de cette base commune, le rôle de la ligue et du conseiller technique est ensuite d’affiner l’accompagnement en fonction du degré de structuration et des besoins spécifiques de chaque club, afin de construire des projets de développement réalistes, progressifs et durables.
Quel regard portes-tu sur la structuration des clubs de la région ?
N’étant en place que depuis le mois de septembre, je n’ai pas encore tous les faits pour pouvoir répondre précisément à cette question. Cependant, je pense pouvoir affirmer que la structuration des clubs avance dans le bon sens. Nous avons des clubs qui ont envie de se développer.
Où aimerais-tu voir le hockey de la région Grand Est – Bourgogne–Franche-Comté dans cinq ans ?
À l’horizon 2026–2030, j’aimerais que le hockey de la région Grand Est – Bourgogne–Franche-Comté ait gagné en solidité et en lisibilité. L’objectif est de consolider ce qui existe déjà, tout en posant des bases durables pour l’avenir, en cohérence avec le projet sportif de la ligue. Un enjeu majeur, selon moi, concerne les ressources humaines. Dans cinq ans, j’aimerais voir davantage de bénévoles engagés dans les clubs, mais aussi qu’ils soient mieux accompagnés et mieux organisés, afin de sécuriser leur investissement dans le temps. La formation de l’encadrement est un autre axe central. Le projet sportif 2026–2030 doit permettre d’augmenter le nombre d’aides-entraîneurs formés, maîtrisant la philosophie d’action fédérale, pour garantir une formation cohérente des joueurs sur l’ensemble du territoire. Il y a également un enjeu fort autour du développement et de la fidélisation des licenciés. L’idée n’est pas seulement d’augmenter les effectifs, mais de proposer des formats de pratique plus adaptés aux attentes et aux contraintes de chacun, afin de rendre le hockey plus accessible et plus attractif. Enfin, sur le plan sportif, j’aimerais que davantage de joueurs et de joueuses issus du territoire puissent accéder au haut niveau et intégrer les équipes nationales. Ce serait le reflet d’un travail de formation structuré et cohérent, mené sur le long terme entre les clubs, la ligue et la fédération. Plus globalement, l’ambition est de construire un hockey régional équilibré, capable de s’adapter aux réalités du territoire tout en s’inscrivant pleinement dans une vision à long terme portée par le projet sportif 2026–2030.
Quel message aimerais-tu faire passer aux dirigeants, entraîneurs, joueurs et parents ?
Le message que je souhaite adresser à l’ensemble des acteurs du hockey — dirigeants, entraîneurs, joueurs, joueuses, parents, arbitres et partenaires institutionnels — est avant tout un message de collaboration et de responsabilité partagée. Nous faisons tous partie d’un même écosystème et œuvrons, chacun à notre niveau, au développement du hockey sur glace. Chaque club est naturellement confronté à ses propres priorités et à la nécessité d’assurer sa pérennité. L’engagement quotidien des dirigeants, des bénévoles et des encadrants au service de leurs licenciés est essentiel et doit être reconnu. Pour autant, le développement du hockey sur glace s’inscrit dans une dynamique collective qui dépasse les intérêts individuels de chaque structure. L’ambition commune est de faire connaître ce sport au plus grand nombre, de garantir à l’ensemble des pratiquants des conditions de pratique de qualité, et d’accompagner celles et ceux qui le souhaitent vers les parcours de performance les plus élevés. Dans cette perspective, le partage des bonnes pratiques, la mutualisation des compétences et la valorisation des forces de chacun sont des leviers indispensables. C’est en renforçant la coopération entre les clubs, avec l’appui de la ligue et des instances fédérales, que nous pourrons élever le niveau global du hockey régional et contribuer pleinement au développement du hockey français de manière durable et structurée.

