Bénévoles, la force de l’ombre (I)

20 Jan 2026 10:23   /   A LA UNE, ACTUALITÉS, ZNE

Derrière chaque match, chaque organisation et chaque moment de hockey, il y a des femmes et des hommes engagés dans l’ombre : les bénévoles. Indispensables au fonctionnement et au développement du hockey sur glace, ils méritent d’être mis en lumière. À travers une série de deux articles, nous avons choisi de valoriser cet engagement essentiel. Aujourd’hui, place au témoignage de Jean-Roch Masson, bénévole très investi au club de Dunkerque et acteur reconnu de la Zone Nord-Est. Demain, Gildas Lebrun, président de la Zone Nord-Est, livrera son regard sur le rôle central des bénévoles et les enjeux à venir. Deux regards, une même passion : faire vivre le hockey.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste exactement le rôle d’un bénévole à la table de marque ?

Tout d’abord, la table de marque, ce n’est pas un bénévole, mais toute une équipe qui communique, qui se relaie, et qui partage les rôles. Ces rôles sont multiples. Généralement, à Dunkerque, en hockey mineur, nous avons :

– Un chronométreur : il s’occupe de l’affichage du temps, des buts et des pénalités.

– Un secrétaire de match : il prépare et remplit la feuille officielle qui consigne les informations sur les équipes (joueurs, coachs) et sur les actions de jeu (buts, pénalités, temps morts). Il compte même patiemment le nombre de spectateurs présents afin de le noter sur la feuille de match !

Le secrétaire est un adepte du micro afin d’y énoncer les annonces officielles.

– Des gardiens de prison : il accueille les joueurs et les libère au moment voulu par le règlement.

– Le secrétaire sur ordinateur (à partir des U15) : il met à jour en live la feuille numérique, ce qui permet de suivre le match à distance.

Puis il y a toujours un bénévole qui a la bonne idée d’apporter des petites douceurs, viennoiseries, chocolats, boissons ou autre, afin de supporter les matchs soporifiques ou au contraire les parties un peu trop engagées !

 

Quelles sont vos principales missions avant, pendant et après un match ?

En amont des rencontres, parfois en début d’année, il faut programmer chaque match et tournoi, afin de pouvoir y inscrire les bénévoles disponibles (nous utilisons l’application “Sport Easy” qui facilite les échanges et les convocations). Puis une heure avant le match, on s’affaire pour installer les tables, les bancs des prisons, faire les bons branchements pour la musique ou pour les micros. Comme on aime rendre service, on aide souvent les responsables d’équipes à installer les cages, préparer les palets d’échauffement, ou encore mettre une ambiance musicale adaptée à la préparation du jeu. Pendant le match, nous permettons aux arbitres et aux équipes de rester concentrés sur leur match : nous gérons le temps, le respect des pénalités et du règlement, mais toujours en s’adaptant aux décisions des arbitres. Après le match, nous transmettons la feuille de match aux équipes, et aidons les dirigeants d’équipe à ranger le matériel.

 

Comment se déroule la coordination avec les arbitres et les officiels ?

Généralement, les relations sont cordiales, car les arbitres ont besoin de la table de marque, et la table a besoin d’arbitres efficaces. Nous apprenons, au fil des matchs, à lire le jargon gestuel des pénalités, ou à deviner lors d’un bras levé quelle équipe sera pénalisée et pour combien de temps. L’idée est d’être rapide dans l’affichage afin de ne pas faire perdre de rythme au jeu. Les arbitres restent les seuls maîtres et responsables des décisions, mais il nous arrive, avec de jeunes arbitres, de suggérer une “charge incorrecte” plutôt qu’une “charge dans le dos” par exemple, si les conditions observées le permettent, ce qui n’implique pas les mêmes conséquences.

 

Comment êtes-vous devenu(e) bénévole à la table de marque ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager ?

Cela est venu progressivement suite à la découverte du hockey sur glace. L’un de mes élèves (je suis enseignant en CP) m’a invité à l’un de ses matchs, puis je suis allé voir de la D1, puis j’ai entraîné mon beau-fils dans l’aventure à l’âge de 12 ans, puis un jour j’ai donné un coup de main. Je suis maintenant bénévole en D1 et responsable table de marque et arbitrage en hockey mineur, comme quoi, quand on met le pied dedans… on glisse vite jusqu’au bord de glace ! S’engager, c’est aussi donner du temps à un club et à un sport qu’on apprécie, et avoir une vision sur les matchs bien différente de celle qu’on a depuis les gradins.

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce rôle ?

J’aime participer aux coulisses des matchs. On dit souvent que sans arbitre, il n’y a pas de match, mais au final, sans bénévoles en table de marque, on ne jouerait pas non plus. Je m’oblige à rendre les choses le plus simple possible, et j’aime les relations avec tous les participants : coachs, techniciens de la patinoire, arbitres, autres bénévoles. Et bien-sûr, on ne peut oublier les relations avec les joueurs, parfois bien énervés en prison, qui redescendent vite en pression quand on les motive à prendre du plaisir à jouer !

 

Avez-vous une anecdote marquante ou un souvenir particulier à la table de marque ?

Je me souviens d’un match avec le Pôle France, lors duquel l’arbitre m’a fait recommencer 2 fois ma feuille de match papier pour rature et erreur du débutant que j’étais. J’en avais mal au poignet. Par contre, il nous avait apporté un paquet de bonbons, j’avais trouvé ça attentionné !

 

Quelles sont les principales difficultés ou sources de stress pendant un match ?

Le plus difficile reste la gestion des pénalités : tout d’abord, respecter le règlement, savoir quel joueur doit sortir en premier, quelles pénalités afficher, selon leur nature et leur durée. Parfois, il faut aussi calmer l’humeur d’un joueur qui a perdu tout discernement suite à une bagarre, ou à une décision qu’il trouve injuste. Et sur les grandes catégories ou en D1, il faut être extrêmement rapide dans les annonces ou les affichages, la communication doit être fluide et bien organisée en amont.

 

Comment gérez-vous les situations tendues (contestation, confusion sur une pénalité, pression du public ou des bancs) ?

Parfois, il vaut mieux perdre un peu de temps sur le match, le temps d’appeler les arbitres, de poser les questions sur les décisions et sur la conduite à tenir concernant l’affichage, plutôt que de faire des erreurs dans l’urgence. Et l’erreur étant humaine, un petit mot au micro désamorce souvent les tensions. Je pense par exemple aux erreurs sur l’arrêt ou la mise en route du chrono, lors desquelles le public est vite là pour nous signaler l’oubli. Les âges les plus difficiles à gérer sont les U15 à mes yeux, période où l’adolescence secoue les hormones, et avec lesquels le combat sur glace se poursuit souvent avec des noms d’oiseaux sur les bancs de prison. L’appel à l’arbitre reste parfois le seul remède pour calmer les esprits.

 

Est-ce que les bénévoles de table de marque bénéficient d’une formation ou d’un accompagnement particulier ?

La première formation reste l’apprentissage naturel, au bord de glace : on commence par ouvrir les portes de prison, puis on comprend un peu à la fois les règles propres aux pénalités. Un jour on essaye le chrono, on y prend goût, puis on nous demande de faire la feuille de match (“ok, mais je ne parle pas au micro”). Puis un jour on a besoin de vous pour faire une feuille numérique en live sur l’ordinateur. Bref, le secret est de faire tourner les bénévoles sur tous les postes afin d’avoir une entraide collective et une vision globale des responsabilités, et de pouvoir faire face à n’importe quelle situation. Au-delà, il y a bien-sûr les formations officielles, qui se déclinent sur 2 niveaux avec un formateur de la Ligue, qui nous permet surtout de travailler autour de situations fictives de pénalités multiples, et qui nous rappelle nos obligations de neutralité, ou encore les rôles de chacun.

 

Pensez-vous que le rôle de la table de marque est suffisamment reconnu dans le monde du hockey ?

Peut-être pas, mais personnellement je ne fais pas ça pour avoir de la reconnaissance. C’est un travail de l’ombre qui rend l’expérience du jeu, dans sa globalité, plus fluide. Par contre, ce qui fait très plaisir, c’est lorsque les joueurs des équipes viennent nous remercier en fin de match ; cela devrait être enseigné dans tous les clubs, ça encourage les bénévoles à se souvenir de ceux pour qui ils sont là.

 

Si vous deviez résumer votre expérience de bénévole en une phrase, laquelle choisiriez-vous ?

Celle d’un dirigeant d’équipe, qui à chaque tournoi, vient nous saluer en disant : “Merci d’être là !”.