Des mots aux maux…

22 Jan 2026 10:23   /   A LA UNE, ACTUALITÉS, ZNE

Sport d’engagement par excellence, le hockey sur glace s’est toujours construit autour de l’intensité, du contact et d’une confrontation assumée. Vitesse, impacts et rudesse font partie intégrante de son ADN et contribuent à l’identité d’un sport spectaculaire et exigeant. Pourtant, à l’heure où certaines initiatives positives émergent pour préserver un climat respectueux autour des patinoires, plusieurs indicateurs invitent à s’interroger sur l’évolution des comportements observés cette saison.

Sur la glace, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans les compétitions de la Zone Nord-Est, le nombre de dossiers traités par la Commission d’Infractions aux Règles du Jeu (CIRJ) est en nette augmentation depuis le début de la saison, notamment sur les situations de bagarre et de comportements excessifs. Ces données ne traduisent pas de simples faits de jeu isolés, mais dessinent une tendance plus globale, qui interroge sur la place accordée à certaines formes de violence dans un sport pourtant fondé sur des règles strictes et un cadre collectif clair. Si l’engagement physique fait partie intégrante du hockey, il ne saurait justifier des comportements qui dépassent régulièrement le cadre sportif et éducatif. A ce jour, la CIRJ de la Zone Nord-Est aura eu à charge de traiter 94 dossiers de comportements excessifs pour cette seule saison 2025-2026 loin d’être terminée. A titre de comparaison, tristement la plus prolifique, la saison 2022-2023 avait conduit à traiter 102 dossiers (98 la saison dernière), des chiffres qui seront, de toute évidence dépassés cette saison.

Mais l’atmosphère d’un match ne se limite pas à ce qui se passe sur la glace. Elle se construit aussi dans les tribunes, sur les bancs, et plus largement autour de la patinoire. C’est dans cette dimension globale du hockey que s’inscrit l’initiative récemment lancée par le Moselle Amnéville Hockey Club, qui a choisi d’agir face à la montée de la violence verbale dans les tribunes. Comme l’explique Stéphanie Musci, responsable du hockey mineur du club, cette démarche est née d’un constat répété et partagé au fil des rencontres : « Le Moselle Amnéville Hockey Club a lancé cette campagne de sensibilisation à la suite de constats répétés lors des rencontres, aussi bien au sein de la patinoire d’Amnéville qu’à l’extérieur. Des propos et comportements relevant de la violence verbale, longtemps entendus dans d’autres stades et sports collectifs mais encore absents chez nous, sont apparus progressivement. D’abord observés lors des matchs seniors, ces dérives se sont peu à peu installées dans les catégories jeunes. Depuis quelque temps, le club constate des récurrences dès les plus petites catégories, U9 et U11, avec un degré supplémentaire en U13, U15 et U18. » Un signal d’alerte d’autant plus préoccupant qu’il touche désormais les plus jeunes licenciés, à des âges où le sport doit avant tout rester un espace d’apprentissage, de plaisir et de construction personnelle. Cette réflexion a également été renforcée par une sollicitation extérieure, venue des instances fédérales : « Par ailleurs, le club a reçu, par l’intermédiaire des instances fédérales, un appel à participer à des travaux de recherche menés par des chercheurs de l’Université de Montpellier sur la violence dans le sport. Cette sollicitation a renforcé notre réflexion et a donné tout son sens à notre démarche. » Face à ces constats, le club a fait le choix de ne pas rester spectateur, mais d’agir de manière proactive, en privilégiant la prévention plutôt que la sanction : « Nous avons alors fait le choix de ne plus rester passifs. Si nous voulons une amélioration durable, il est essentiel de faire prendre conscience que certains mots, prononcés sous le coup de l’émotion, peuvent devenir de véritables maux pour nos jeunes joueurs. Cette campagne vise ainsi à responsabiliser l’ensemble des acteurs : parents, supporters, éducateurs et dirigeants afin de préserver un environnement sain, respectueux et formateur autour de la glace. »

Au cœur de cette initiative, une volonté claire : rappeler que le hockey est aussi une école de valeurs. Respect, bienveillance et exemplarité ne sont pas des notions abstraites, mais des piliers concrets du développement des jeunes joueurs, comme le souligne Stéphanie Musci : « À travers cette initiative, le Moselle Amnéville Hockey Club souhaite avant tout transmettre des valeurs de respect, de bienveillance et de responsabilité à l’ensemble des acteurs du club. Le respect des joueurs, des arbitres, des éducateurs et des adversaires est indispensable pour garantir un cadre sain, éducatif et formateur. Cette campagne vise également à promouvoir le fair-play et l’exemplarité, en rappelant que les adultes présents autour de la glacen, parents et supporters, ont un rôle déterminant dans le comportement, l’attitude et l’épanouissement des jeunes joueurs. » Le choix de confronter le public à des phrases réellement entendues dans les tribunes s’inscrit dans une logique de prise de conscience collective : « Nous avons donc souhaité casser ce mécanisme de réactions impulsives en utilisant volontairement des phrases réellement entendues dans les gradins. L’objectif est de provoquer une prise de conscience collective et de montrer que des mots, parfois lancés sans y penser, peuvent rapidement devenir des maux pour nos jeunes, tant sur le plan sportif que personnel. »

Cette réflexion renvoie directement à l’impact de l’environnement sur les jeunes hockeyeurs, un enjeu souvent sous-estimé mais pourtant central dans leur parcours : « Je ne suis pas psychologue, juste une dirigeante et une maman de jeune hockeyeur. Mais en tant que parent, je sais une chose : je ne souhaite pas ce type d’ambiance pour mon fils, ni pour les autres enfants du club. L’attitude du public et de l’environnement a un impact direct sur l’expérience et le développement des jeunes hockeyeurs. Un climat bienveillant et respectueux favorise la confiance, le plaisir de jouer et l’envie de progresser. À l’inverse, des paroles agressives ou dévalorisantes peuvent générer du stress, de la peur de l’erreur et une perte de motivation. Les jeunes sont très réceptifs à ce qui se dit autour de la glace. Ils entendent, observent et reproduisent les comportements des adultes, qui deviennent des modèles, parfois sans s’en rendre compte. Lorsque la pression ou la violence verbale s’installent, cela peut freiner l’apprentissage, altérer le rapport au sport et aller jusqu’au découragement. Créer un environnement positif, c’est permettre à nos jeunes hockeyeurs de grandir sereinement, sportivement et humainement. Car les mots que l’on prononce dans les tribunes peuvent encourager… ou devenir de véritables maux pour les enfants. »

Sans établir de lien de cause à effet direct, la concomitance entre l’augmentation de certaines dérives sur la glace et la nécessité de sensibiliser le public pose une question centrale : celle de la cohérence entre les valeurs affichées et les comportements observés. Le hockey est un sport collectif au sens large, où joueurs, éducateurs, dirigeants et supporters participent ensemble à la construction d’un climat de compétition sain. Loin de toute stigmatisation, ces constats doivent être envisagés comme une opportunité de réflexion collective. Les initiatives comme celle portée par Amnéville montrent qu’il est possible d’agir positivement, en privilégiant la pédagogie, le dialogue et la responsabilisation de chacun. Préserver l’identité intense et engagée du hockey ne signifie pas banaliser la violence, mais au contraire savoir poser un cadre clair, partagé et respectueux, sur la glace comme dans les tribunes.