Le hockey : une exigence mentale sous-estimée

25 Fév 2026 11:07   /   A LA UNE, ACTUALITÉS, ZNE

On parle souvent des dangers du hockey à travers les blessures visibles, les chocs spectaculaires et les arrêts forcés. Dans le premier volet de cette série, le témoignage d’Alban Chabanet mettait en lumière l’impact physique d’une blessure et la manière dont elle bouscule un parcours sportif. Mais derrière le corps, il y a une autre zone de fragilité, moins visible, souvent moins verbalisée : le mental. Un terrain pourtant tout aussi exposé. Ce deuxième article poursuit la réflexion en donnant la parole à Arthur Daubeuf, défenseur international né en 2008, joueur de Rouen, pour explorer ces dangers invisibles qui accompagnent le hockey de haut niveau.

Si la dimension mentale est si peu évoquée, c’est d’abord parce qu’elle ne se voit pas. Arthur le souligne d’emblée : « Je pense que la dimension mentale est sous-estimée car elle ne se voit que très peu de l’extérieur comparée à la blessure physique, en plus d’être difficile à diagnostiquer. » Là où une fracture impose un arrêt, une rééducation et un calendrier clair, la fatigue mentale, le stress ou le doute s’installent souvent de manière diffuse, sans signal d’alerte évident. La pression psychologique fait pourtant partie intégrante du quotidien. Arthur nuance toutefois l’idée d’une fatalité. « Je ne dirais pas forcément que la pression mentale est inévitable, mais c’est vrai qu’elle se fait beaucoup ressentir du fait de notre nombre d’entraînements sur glace et hors glace ainsi que le rythme des matchs, avec parfois deux ou trois matchs dans la semaine. » À cette charge s’ajoute un facteur central : la concurrence. « Cette pression est aussi due à la concurrence au sein de l’équipe et du championnat ; pour avoir sa place dans l’équipe ou dans un collectif national, il faut constamment travailler dur à défaut de perdre sa place. » Cette lutte permanente pour exister dans l’effectif peut devenir une source d’angoisse, notamment lorsque le joueur n’y est pas préparé. « C’est vrai que cette concurrence pour avoir du temps de jeu est très difficile à gérer, surtout quand on n’est pas préparé et surtout pas habitué, elle peut certaines fois nous faire perdre nos moyens. » Une réalité souvent minimisée, alors qu’elle touche particulièrement les jeunes joueurs en phase de construction.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la pression ne se manifeste pas uniquement le jour du match. Arthur explique que le moment le plus délicat se situe en amont. « Le moment où je ressens le plus de pression est étonnamment avant un match, durant la semaine d’entraînement, car c’est durant ces entraînements que l’on doit gagner notre place pour les matchs. » Dans les sélections nationales notamment, l’exigence est permanente. « Le moment le plus difficile pour moi, ce sont les entraînements, car c’est à ce moment qu’il faut prouver au coach que l’on a compris les principes de jeu et que l’on a les qualités pour qu’il nous fasse confiance et nous fasse jouer davantage. » Sur la glace, l’erreur est inévitable. Mais la manière de la vivre peut tout changer. Arthur reconnaît que les conséquences sportives pèsent sur l’esprit. « C’est vrai que l’on pense toujours à ces conséquences, mais le plus important est de garder ces objectifs en tête et de ne pas laisser ces pensées négatives prendre le dessus, mais au contraire montrer ses vraies qualités. » Ce chemin n’a pas été immédiat. « Les années précédentes, je n’arrivais pas à gérer ces pensées négatives, mais en travaillant avec une préparatrice mentale grâce à mon club, j’ai pu développer des techniques pour passer outre et me reconcentrer sur le moment présent. »

Jouer pour ne pas faire d’erreur est un piège classique. Arthur le résume simplement : « Dans ce sport où l’on joue environ quinze à vingt minutes par match, il est impossible d’éviter les erreurs, même les meilleurs joueurs du monde en font. » Il rappelle une maxime bien connue : « Le hockey est un sport d’erreur. » L’enjeu n’est donc pas de les supprimer, mais de les accepter et d’en faire moins que l’adversaire. Cette peur de mal faire, Arthur l’a déjà connue. « Oui, ça m’est arrivé plusieurs fois lors des années précédentes et au début de cette année, car j’avais des attentes élevées envers moi, au point de passer à travers certains matchs, mais aussi à travers mes objectifs personnels. » Là encore, le déclic vient de l’accompagnement. « J’ai réussi à m’en rendre compte assez vite grâce à mes coachs et donc à prendre la décision de travailler avec une préparatrice mentale. » Le rôle de l’entraîneur est alors central. « L’impact des coachs est très important sur les joueurs, car leurs décisions peuvent nous apporter de la confiance et, au contraire, des doutes qui peuvent être difficiles à effacer. » Pour Arthur, cette influence est directe. « Les décisions des coachs jouent beaucoup sur ma confiance, surtout durant les matchs. » Mais elle peut aussi devenir une source de motivation. « Quand les coachs décident de venir me parler, j’ai souvent une envie de prouver de quoi je suis capable et ça me motive à tout donner. »

À long terme, la saturation mentale guette. « Oui, j’ai déjà eu ce sentiment, car faire du hockey à haut niveau demande beaucoup d’efforts et réduit les moments de temps libre. » La tête reste constamment tournée vers le hockey. « Parfois c’est difficile de prendre du plaisir, mais le fait d’avoir des objectifs m’a permis de reprendre ce plaisir de jouer. » Concilier sport, études et récupération devient alors un défi. Arthur a dû adapter son organisation. « Le plus important est d’être bien entouré pour travailler efficacement, car le temps de travail est restreint. » Anticiper est essentiel. « Cette année, j’ai décidé de faire le CNED pour certaines matières, car c’était quasiment impossible de rattraper les cours manqués à cause des entraînements. » Un choix assumé pour préserver l’équilibre. « Ça me permet de consacrer plus de temps au repos. » Enfin, le regard des parents peut être un soutien ou une pression supplémentaire. Dans son cas, l’équilibre est trouvé. « Mes parents ont un rôle important dans ma réussite, car ils me soutiennent chaque jour. » Un soutien sans condition. « Que je réussisse ou non, ils ne me jugeront jamais et m’encourageront dans tous mes projets. »

Pour Arthur, la clé reste simple. « Le plus important est de prendre du plaisir dans la vie de tous les jours, c’est la recette pour avancer et grandir. » Et s’il fallait éliminer un obstacle ? « Les pensées négatives. » Après les dangers physiques évoqués dans le premier article, ce second volet rappelle que le hockey n’éprouve pas seulement les corps. Il met aussi les esprits à l’épreuve. Et c’est souvent là que se joue la durée d’une carrière.