Le hockey féminin dans la zone Nord-Est poursuit sa progression et affiche aujourd’hui des signaux encourageants. Avec 682 licences féminines sur 5 198 licences compétition, les filles représentent désormais 13,12 % des pratiquants de U4 à U21. Une proportion encore minoritaire, mais qui témoigne d’un chemin parcouru considérable sur le long terme. En l’espace de trois décennies, le taux de féminisation est passé de 3,11 % en 1996-1997 à plus de 13 % en 2025-2026, avec un record récemment atteint à 692 licences féminines lors de la saison 2024-2025. La dynamique est donc réelle, mesurable, et durable
Une féminisation inégalement répartie selon les clubs et les territoires
Derrière cette progression globale se cache toutefois une forte hétérogénéité territoriale. Sur les 41 clubs observés, un peu plus de la moitié se situent au-dessus de la moyenne régionale, tandis que 19 clubs restent nettement en retrait. Certains clubs font figure de locomotives. Amnéville, Mantes, Strasbourg ou encore Belfort dépassent les 20 % de licences féminines, preuve qu’une féminisation volontaire, structurée et assumée est possible. À l’inverse, plusieurs structures historiques peinent encore à dépasser la barre des 5 à 8 %, révélant des difficultés d’attractivité ou de rétention qu’il serait illusoire d’ignorer. Cette disparité se retrouve également à l’échelle des ligues. La Bourgogne–Franche-Comté, le Grand Est et l’Île-de-France affichent des taux supérieurs à la moyenne, tandis que la Normandie reste sensiblement en retrait avec 9,23 % de licences féminines, illustrant un accès encore inégal à la pratique selon les territoires. Sur la dernière décennie, certains clubs se distinguent par une hausse très nette de la part des licenciées. Evry Viry, pour ne citer que ce club, a opéré un virage féminin très intéressant en passant de 7% en 2016 à 19% en 2025. Ces évolutions ne doivent rien au hasard : elles sont souvent le fruit de politiques volontaristes, d’un accueil adapté et d’une culture club inclusive. À l’opposé, d’autres structures voient leur taux de féminisation stagner, voire reculer. Epinal qui recule de 4 points, Rouen, historiquement très en retard avec une progression, certes mais très mesurée sur la même période et concentrée sur un public plus âgé, soulignant que la féminisation n’est ni automatique ni irréversible
Un accès plus précoce… mais encore différencié
Autre motif d’espoir : l’âge d’entrée dans la pratique. Aujourd’hui, les filles débutent le hockey en moyenne à 7 ans et 8 mois, contre 6 ans et 4 mois pour les garçons. L’écart reste réel, mais il s’est considérablement réduit. Il y a vingt ans, les jeunes hockeyeuses chausseraient leurs premiers patins à plus de 10 ans en moyenne, signe que le hockey féminin était alors perçu comme une pratique tardive, voire marginale. Cette évolution traduit une meilleure visibilité du hockey féminin, mais aussi un changement de regard des familles et des clubs. Pour autant, le fait que les filles continuent d’entrer plus tard dans la pratique reste un marqueur fort des inégalités d’accès persistantes. C’est sur le terrain de la fidélisation que le constat devient plus préoccupant. Sur la tranche d’âge des 7–9 ans, 22 % des jeunes ne renouvellent pas leur licence après une seule saison. Mais surtout, avant le cap symbolique des sept années de pratique, plus de 61 % des jeunes hockeyeurs ont arrêté. Chez les filles, la statistique est encore plus sévère : plus de 70 % des jeunes hockeyeuses quittent le hockey avant d’atteindre ce seuil. Ce chiffre ne remet pas en cause la progression globale du hockey féminin, mais il interroge profondément la capacité du système à retenir durablement les jeunes pratiquantes, au-delà de l’initiation.
Des exemples qui montrent que rien n’est une fatalité
Ces fragilités ne sont cependant pas une fatalité. Certains clubs démontrent qu’il est possible d’accompagner les jeunes dans la durée. Dunkerque, Metz et Épinal figurent parmi les structures les plus efficaces pour maintenir leurs jeunes licenciés au-delà de sept années de pratique, avec des taux proches de 65 %, malgré de fortes disparités sur l’ensemble de la zone. Du côté féminin, Franconville apparaît comme une référence lorsqu’il s’agit de permettre aux jeunes joueuses de poursuivre leur parcours sportif sur le long terme. Ces exemples rappellent que la fidélisation repose moins sur des facteurs structurels immuables que sur des choix d’encadrement, d’organisation et de culture club. Le hockey féminin dans la zone Nord-Est n’est donc ni en crise, ni totalement installé. Il progresse, parfois rapidement, mais reste fragile. Les chiffres racontent une histoire faite à la fois de conquêtes réelles, de retards persistants et de défis encore largement ouverts. La féminisation ne se résume pas à attirer plus de jeunes filles ; elle se joue surtout dans la capacité à les faire rester, évoluer et s’épanouir sur la durée. À ce titre, les prochaines années seront moins celles de la croissance brute que celles de la maturité du modèle.

