Il y a des clubs qui laissent une trace indélébile. Boulogne-Billancourt et ses Tigres font partie de ceux-là. Même disparus, ils continuent de vivre à travers les parcours des jeunes qu’ils ont formés, à travers des souvenirs, une identité, une façon d’aimer le hockey. Andrea Fuentes Gonzalez est de cette génération marquée par la fermeture brutale d’un club formateur, mais aussi portée par tout ce que ce passage lui a transmis. Aujourd’hui, joueuse aux Comètes de Meudon, elle incarne à sa manière cette idée simple et forte : une fille a toute sa place sur la glace, y compris parmi les garçons.
Andrea a commencé le hockey très tôt, presque naturellement, portée par un environnement familial déjà tourné vers la glace. Comme elle le raconte elle-même, « J’ai commencé le hockey vers 3 ans, un peu par hasard, parce que mon frère en faisait. J’allais le voir jouer tous les week-ends et un jour j’ai voulu essayer moi aussi. » Les Tigres de Boulogne-Billancourt deviennent alors son club, son repère, son école de hockey. « J’ai commencé à Boulogne-Billancourt avec les Tigres, où j’ai joué jusqu’à la fin des U13. Après, la patinoire a été fermée par le Maire de Boulogne-Billancourt. Ça a été un moment très difficile pour moi, parce que j’ai perdu mon club formateur, mes coachs et mon équipe s’est dispersée. » Un coup dur, forcément, mais pas un point final. La suite s’écrit à Meudon, dans un nouveau cadre, avec de nouveaux repères à construire. « En première année U15, j’ai eu la chance d’être accueillie par le Meudon Hockey Club. Cette année, je fais ma deuxième année en U15 avec une super équipe et des super coachs. » Une intégration réussie, au point de se voir confier le « C » de capitaine. « J’ai aussi été nommée capitaine de l’équipe U15A de Meudon. » Une responsabilité qui vient s’ajouter à un quotidien déjà bien rempli, puisqu’Andrea évolue cette saison dans trois équipes différentes. « C’est une année particulière pour moi, parce que je joue dans trois équipes avec des rôles différents : mon équipe principale en U15A à Meudon, l’équipe féminine de Meudon en championnat B, et l’équipe féminine de Cergy en championnat A. Ça me demande beaucoup d’organisation, mais j’adore ça. »
Jouer avec des garçons fait partie de son histoire depuis le début. Pour Andrea, c’est avant tout un moteur de progression. « Je joue dans une équipe mixte depuis que j’ai commencé le hockey. J’aime beaucoup l’intensité et le côté physique du jeu avec les garçons. Ça va vite et ça m’a permis de beaucoup progresser. » Tout n’est pas toujours simple, mais elle a appris à faire face. « Il y aura toujours des joueurs qui l’apprennent de leurs parents qui n’aiment pas trop jouer avec une fille, et ça peut se ressentir sur la glace. Mais au final, ça n’a pas d’importance. » Ce parcours l’a surtout renforcée mentalement. « Ça m’a appris à être plus forte mentalement, à ne pas me laisser rabaisser et à croire en moi. J’ai la chance d’avoir des coéquipiers qui me respectent comme une joueuse à part entière, et leur respect compte beaucoup pour moi. » La pression, Andrea la connaît bien, mais elle vient surtout de l’intérieur. « Je suis quelqu’un de très persévérante et compétitive. Je me mets souvent la pression toute seule parce que je veux bien faire. Quand je fais une erreur, j’ai besoin d’un petit moment pour passer à autre chose. Mais ce n’est pas parce que je suis une fille, c’est juste mon caractère. La pression vient surtout de mon esprit de compétition. Ça me motive à tout donner. » Une exigence personnelle qui nourrit son envie de progresser et de s’imposer par le jeu. « J’ai toujours envie de faire mieux que la dernière fois, de progresser et de montrer que ma place dans l’équipe est méritée. »
Pour elle, le hockey est un sport profondément ouvert. A la question de savoir si le hockey est un sport pour « tout le monde », elle répond sans ambiguïté « Oui, surtout le hockey ! C’est un sport qui peut vraiment être ouvert à tous. » Elle insiste notamment sur l’inclusivité. « Le para-hockey permet à des joueurs avec des problèmes de mobilité de jouer, entre eux mais aussi avec des joueurs valides, hommes et femmes. Je trouve ça super inclusif. C’est vrai que c’est plus facile quand on commence jeune, mais si on a envie d’essayer, il faut se lancer. Tout le monde devrait oser découvrir un sport, que ce soit les filles, les garçons ou les personnes en situation de handicap. Chacun doit pouvoir vivre sa passion, en compétition ou en loisir » Mais ce sport glacé jalonne son parcours de moments de fierté « J’ai été très fière quand j’ai été convoquée aux stages U16 et que j’ai eu la chance de porter le maillot de l’équipe de France. C’est une grande fierté, mais aussi une responsabilité. Ça donne envie de travailler encore plus et d’aller plus loin. » Mais aussi au niveau du club. « J’ai aussi été très touchée quand mes coachs m’ont confié le rôle de capitaine à Meudon. Ça m’apprend à gérer des responsabilités et aussi mes émotions, car je dois aider mes coéquipiers par mon attitude.» Une reconnaissance essentielle. « Et je suis très fière d’être considérée comme un joueur de l’équipe, et pas juste comme “la fille” de l’équipe. »
Ses ambitions restent claires et mesurées. « Mon rêve est de continuer à jouer au hockey de façon compétitive tout en poursuivant mes études. J’aimerais jouer dans une université pour continuer à progresser et élever mon niveau. » Et toujours, en ligne de mire, le maillot bleu. « J’aimerais continuer à mériter ma place pour porter le maillot de l’équipe de France. » Andrea sait aussi d’où vient son inspiration. « Je regarde surtout les joueuses de l’équipe de France, parce qu’elles sont accessibles. » Elle cite notamment Chloé Aurard pour son parcours impressionnant qui montre que tout est possible lorsque l’on travaille dur et Margaux Huot-Marchand pour son intensité et sa personnalité, sans oublier ceux qui l’accompagnent au quotidien. « Je veux aussi passer un mot pour les coachs qui m’ont prise au sérieux, qui me conseillent et qui m’aident à progresser, à me donner confiance et qui m’aident à travailler mes points moins forts. »
Enfin, son message aux jeunes filles est clair et sans détour. « D’abord je dirais aux parents de mettre leurs petites filles au hockey le plus tôt possible. » Et surtout, oser. « Mais à toutes les filles de n’importe quel âge je leur dirais de ne pas avoir peur d’essayer. Le hockey est un sport incroyable où on apprend à travailler individuellement et en équipe. Oui, il peut y avoir des critiques ou des remarques, mais c’est pareil dans tous les sports et même dans la vie. Il faut garder la tête haute, écouter son cœur et avoir des objectifs. Rien n’est impossible si on y croit et qu’on travaille pour ça. » Lucide, déterminée et inspirante, Andrea Fuentes Gonzalez trace sa route sans bruit inutile, avec travail et passion. Un parcours qui rappelle que le hockey féminin se construit aussi là, au cœur des équipes mixtes, dans les vestiaires, sur la glace, et dans le regard des coéquipiers qui finissent par ne voir qu’une chose : une joueuse, tout simplement.

