Laura Peronnin, passionnée avant tout

04 Mar 2026 13:24   /   A LA UNE, ACTUALITÉS, ZNE

Dans un sport encore largement façonné par des codes masculins, certaines trajectoires disent beaucoup plus que de longs discours. Celle de Laura Peronnin en fait partie. Entraîneure au club de Fontenay-sous-Bois, elle avance sans bruit, mais avec une conviction solide : le hockey n’a ni genre, ni raccourci, seulement des exigences et des valeurs à transmettre.

Son histoire avec le hockey commence très tôt, presque comme une évidence. « J’ai commencé le hockey sur glace très jeune, dès l’âge de 4 ans », raconte-t-elle. Très vite, elle évolue aussi bien en mixité qu’en catégories féminines, construisant une vision large du jeu et de ses environnements. Arrivée à l’université, le cadre change, mais pas son cap. « En entrant en STAPS, j’ai dû choisir une spécialité sportive, mais le hockey n’étant pas proposé, j’ai dû me tourner vers un autre sport que je n’avais jamais pratiqué en dehors du cadre scolaire. Malgré cela, j’ai choisi de rester dans ma vraie spécialité : le hockey sur glace. » Plutôt que de renoncer, Laura s’adapte. Tous ses travaux universitaires, tous ses stages, restent ancrés dans sa discipline de cœur. Elle multiplie les expériences, volontairement. « Pour prendre un maximum d’expérience, j’ai effectué mes quatre stages dans quatre clubs différents : à Neuilly, Amiens, Toulouse et Évry-Viry, ce qui m’a permis de découvrir des environnements variés et différentes approches de l’entraînement. » Une formation de terrain, riche, exigeante, qui la mène presque naturellement vers le banc. « Lors de mon dernier stage, on m’a proposé un service civique que j’ai accepté, puis un contrat par la suite. C’est ainsi, progressivement et presque naturellement, que je me suis retrouvée à entraîner. »

Si Laura a choisi d’entraîner, ce n’est pas pour empiler les victoires individuelles, mais pour faire grandir un collectif. Ce qui l’anime profondément, elle le formule simplement : « Ce qui me passionne dans le rôle d’entraîneur, c’est le développement des enfants et l’apprentissage du collectif. Je suis pour les victoires collectives dans lesquelles tout le monde joue. » Une vision qui se traduit chaque jour sur la glace. « Au quotidien, cela se traduit par le fait de ne jamais délaisser d’enfants, peu importe leur niveau : on s’en occupe, on les corrige et surtout, on les soutient. » Son style d’entraînement reflète cet équilibre qu’elle revendique entre cadre et humanité. « Je décrirais mon style d’entraînement comme exigeant mais bienveillant. J’accorde une grande importance au cadre, au respect et à l’engagement, tout en veillant à instaurer un climat de confiance au sein du groupe. » Pour elle, la progression passe d’abord par la sécurité émotionnelle. « Mon objectif est que les joueurs se sentent en sécurité. Grâce à cela, ils essayeront, se tromperont et progresseront. » Motiver, accompagner, valoriser les efforts fait partie intégrante de son rôle. « Je mise beaucoup sur la communication, j’essaie de fixer des objectifs accessibles et adaptés à chacun d’entre eux, chaque joueur étant différent, sans oublier le travail collectif. » Quand elle parle des qualités nécessaires pour réussir dans le hockey, Laura ne distingue jamais les rôles. « La première chose, c’est l’engagement. Le hockey est un sport qui demande de l’investissement, de la rigueur et de la détermination. » Elle insiste aussi sur l’importance du collectif et de la remise en question permanente. « Ensuite, il est important de savoir travailler en équipe. Nous faisons un sport collectif, et savoir se mettre au service du collectif et entendre les points de vue de chacun de façon à progresser est important. Entraîneur ou joueur, personne n’est parfait. Le hockey évolue constamment et nous devons nous adapter et évoluer en conséquence. »

À ceux qui persistent à penser que « le hockey est un sport de garçons », sa réponse est sans détour. « Le hockey, à mon sens, n’est pas un sport de garçons. C’est un sport pour ceux qui aiment la vitesse, l’engagement physique et le sport collectif. » Dans son approche, l’exigence ne varie pas selon le genre. « Personnellement, j’ai le même niveau d’exigence envers chaque enfant, que ce soit un garçon ou une fille. »

Si elle reconnaît des avancées réelles dans la place accordée aux femmes dans le hockey français, elle reste lucide. « Je pense que les mentalités ont beaucoup évolué, et c’est une très bonne chose. Les femmes sont aujourd’hui de mieux en mieux intégrées dans le hockey français. On observe une augmentation du nombre de féminines à tous les niveaux et à tous les postes, que ce soit en tant que joueuses, gardiennes, arbitres ou entraîneurs. Cela montre que la place des femmes dans le hockey est de plus en plus légitime, et que les clubs ont désormais cette ambition de recruter peu importe le sexe. Nous devons continuer à nous améliorer, notamment en terme de visibilité, mais nous sommes sur une pente ascendante et nous devons continuer dans ce sens. » Mais le quotidien rappelle aussi que le chemin est encore long. « Avec certains parents, ils se permettent clairement des choses qu’ils ne feraient pas avec un entraîneur homme comme contester des décisions ou venir nous expliquer comment on devrait faire, parfois sans vraiment connaître le contexte ou le travail fait au quotidien. » Les dirigeants ne sont pas toujours exempts de maladresses ou de résistances voire même de remarques déplacées issues d’un âge que l’on espérerait révolu « On m’a déjà dit en entretien : “en tant que femme dans ce milieu, tu devras toujours prouver deux fois plus qu’un homme ”. On sent qu’en tant que femme, il faut toujours en faire plus pour être prise au sérieux et reconnue à sa juste valeur. Dans certains clubs, on comprend vite que l’évolution sera compliquée, voire impossible, juste parce qu’on est une femme. » Une réalité pesante, contrebalancée par une relation bien différente avec les enfants. « Avec eux, c’est beaucoup plus simple. Il y a moins de barrières, plus d’écoute et les relations sont souvent très bonnes, ce qui donne encore plus envie de s’investir. Au final, même si l’environnement peut être parfois compliqué, ça montre aussi qu’il y a encore du chemin à faire pour faire évoluer les mentalités »

Malgré ces obstacles, Laura ne doute pas de l’utilité de l’engagement féminin dans le hockey. Son message est clair : « Le hockey a besoin de femmes. Plus nous serons nombreuses et plus les choses pourront continuer d’avancer. Il ne faut pas avoir peur de se lancer car, je pense, que ce serait passer à côté de belles expériences. Il faut foncer !» À travers son parcours, Laura Peronnin ne cherche ni à s’imposer ni à revendiquer une place particulière. Elle entraîne, elle transmet, elle tient. Et c’est peut-être là que se joue l’essentiel. Tant que certaines devront encore prouver davantage pour être reconnues à compétence égale, le hockey restera un sport imparfait. Mais chaque entraîneure qui persévère, chaque femme qui s’impose par son travail, rapproche un peu plus ce sport de ce qu’il devrait être : un espace d’exigence, de respect et de passion, libéré des réflexes misogynes qui n’ont plus lieu d’être sur la glace… ni ailleurs.